Dans cette newsletter, nous avons envie de partager avec vous les derniers ingrédients qui ont éveillé notre attention, titillé notre réflexion et excité notre imagination. Vous faire part de ces découvertes, c’est vous inviter à goûter à notre tambouille interne. Vous verrez, elle est relevée.
“Comment avoir des idées fraîches tous ensemble et tout le temps ?” est l’une des questions à laquelle nous sommes confrontés chaque jour à l’agence. Et vous aussi très certainement. Voici donc une recette à assaisonner selon votre goût : prenez une équipe composée de profils très différents. Donnez-leur un sujet sur lequel réfléchir. À cette étape, chaque personne adoptera sa stratégie pour rester frais : descendre manger une glace à La Tropicale, se préparer un thé vert, écouter Koki Nakano en boucle, scroller sur des vidéos de sacs à main qui fondent sur l’Insta de Novembre Global, discuter avec Chat GPT… Réunissez l’équipe rafraîchie autour d’une table. Le bâton de parole n’est pas nécessaire, mais chaque personne délivre le fruit de sa réflexion, montre ses références. Si certaines d’entre elles paraissent tendues, une attention particulière (un sésame latte, un loukoum à la pistache, une louloutre) leur permettra de fluidifier leurs pensées et le partage de celles-ci. Réservez. Mélangez les genres en laissant s’exprimer les avis de chacun, que l’équipe créative se mette à la place de l’éditoriale et vice-versa, qu’elles prolongent les idées des unes et des autres. À ce stade, il n’y a plus grand-chose à faire si ce n’est observer l’idée fraîche émerger de l’émulation. Dégustez.
La quintessence du bon vivre est de vouloir repartir en vacances alors qu’on vient de rentrer. On imagine que ce 7 octobre est plutôt un 17 juillet et que le départ est imminent. Mais un départ vers où ? Vers quoi, exactement ? Parce que voyager à l’heure des vols low cost ressemble plus à des péripéties en cascade où les bagages sont perdus, les escales multipliées pour cause de prix cassé, les vols annulés quand ils ne sont pas retardés de douze heures. On en maudirait presque Stevenson et sa maxime devenue mantra Instagram: “L’important, ce n’est pas la destination mais le voyage”. Mais qu’est-ce qu’un voyage à l’heure où Tik-Tok est devenu le nouveau guide du routard ? La tendance des trains de luxe avec wagon-bar digne d’Agatha Christie pourrait être un début de réponse à la hauteur des road trips en van dans la Creuse que nous avons tous rêvé de faire un jour sans passer à l’acte. Mais, contre toute attente, Honda apporte la meilleure des réponses avec une campagne caustique qui assène “Voyager, ça n’est pas attendre”. En nous confrontant avec humour à nos corps standardisés et passifs assoupis sur les moquettes d’aéroport, la marque bien connue d’engins motorisés nous enjoint au mouvement et nous susurre à l’oreille un message auquel nous sommes sensibles : et si on allait moins loin mais mieux ?
Photographe inspiré par les odeurs d’herbe coupée en été, et de feu de cheminée, en hiver, Franck Juery intervient dans le monde de la presse comme de l’édition. Ses lumières du soir trouvent un écho dans Racines 10. S’il lui est plus facile de retranscrire un goût en image plutôt qu’une odeur, il ne se prive pas de travailler en musique, car la photographie est pour lui, une pratique multisensorielle. Il livre ici ses secrets de fabrication.
© Franck Juery
De quoi te nourris-tu dans le travail ? Il me faut commencer par le chant du merle. C’est la première impulsion, celle qui me dit, c’est l’heure d’y aller. Même quand je suis en reportage, je guette le chant du merle. S’il est là, la journée va être bonne. C’est un repère. Quand je suis à Paris, où il n’y a pas de merle, je vais prendre un café dehors et après je fais le tour des librairies pour me nourrir d’images. Je feuillette les livres à Comme un Roman, Les Nouveautés ou L’écume des pages. Quand je suis à la campagne, je vais à Bourges dans cette super librairie : Bifurcations.
Comment t’est venu le goût de l’image ? Par la musique. Je rêvais d’être musicien mais je n’avais pas la rigueur pour. En revanche, j’écoutais beaucoup de disques. À l’époque, découvrir un album, c’était aussi passer beaucoup de temps à manipuler la pochette, ouvrir le livret, se plonger dans les images en écoutant les morceaux. La pochette de disque crée un lien entre un sens, l’ouïe, et un autre, la vue. J’ai eu envie d’allier les deux. Je me suis lancé en étant inspiré par le D.A Vaughan Oliver et aussi par le studio qui faisait les pochettes de Pink Floyd, Hipgnosis.
As-tu un ingrédient secret pour faire ta tambouille ? Je cherche toujours l’accident. Je ne veux pas tout maîtriser alors je joue avec les faiblesses de mon appareil, ou alors j’utilise des filtres pour créer des diffractions de lumière, des flous. Je travaille des séquences longues jusqu'à ce qu’il se passe quelque chose qu’on n’avait pas anticipé.
Partir à la recherche du restaurant parfait s'apparente à la quête de Sisyphe : une grosse galère sans cesse renouvelée. Sans compter le fait que trop de paramètres exogènes au restaurant lui-même viennent entrer en compétition avec votre appréciation. Si la conversation de votre convive est aussi plate que les assiettes, aucune chance de conserver un souvenir aimable de la table, fut-ce-t-elle excellente. Il faut savoir donc se laisser surprendre. N'avoir aucune attente particulière. Et se laisser guider, un peu aussi. C'est comme cela que j'ai découvert le village d'Ailhon et la Maison éponyme. En traçant une diagonale (du vide) entre deux étapes automobiles de mon périple estival. Car entre Chanteuges - pittoresque village médiéval de la Haute-Loire - et Bonnieux - chicissime village du Luberon - s'est installée cette adresse de l'Ardèche, à quelques lacets pentus d'Aubenas. Sur une placette, à l'ombre des platanes, la terrasse grillonnante ("tss-tss-tss"), déboulent des assiettes rafraîchissantes pour le corps et l'esprit. Des charcuteries maison translucides, des verres épatants de vins vivants et tendus (d'ici et d'ailleurs), des mets aimants délicieusement assaisonnés s'enchaînent. Et un prix pour le déjeuner tout à fait enthousiasmant au regard de notre plaisir (28 € le midi, 46 € le dîner). Alors oui, d'aucuns diraient que le duo à sa tête formé chez Septime et à l'Auberge de Chassignolles coche toutes les cases de l'air du temps. Et alors ? Que la "trend" des auberges de village existe depuis un moment (coucou la Roche, la Sauvage, etc…). Et alors ? Si on pouvait quadriller l'ensemble du territoire d'établissements aussi délicieux, électriques et sympathiques, la quête gastronomique de Sisyphe n'en serait que facilitée. Merci pour lui.
Un restaurant repéré et goûté par Boris Coridian.